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RELIGION ET
PSYCHANALYSE
Il
y a deux ans, mon médecin m’a découvert
un cancer
du sein et une endométriose
(desquamation des parois internes de l’utérus).
J’ai
passé des moments très
difficiles moralement. Très heureusement, tout
s’est bien
terminé et je suis
considérée comme guérie.
Mais
je suis de plus en plus inquiète de constater que je
supporte de
moins en moins
la solitude. J’ai trente-cinq ans et je suis
célibataire
alors que je
souhaitais tant trouver un mari et avoir des enfants. Étant
très catholique et
très croyante, faisant confiance en l’avenir et
étant très sociable, je ne me
faisais pas de soucis, certaine de rencontrer un jour l’homme
de
ma vie.
Or
plusieurs amies m’ont fait remarquer que mon cancer du sein
et
mon endométriose
étaient des maladies éminemment
féminines (ce que
je savais, bien entendu), et
peut-être relatives à mes angoisses de ne pas
rencontrer
d’homme et de ne pas
avoir d’enfants. Approchant peu à peu des quarante
ans
– âge après lequel,
dit-on, il est de plus en plus problématique
d’enfanter
– je m’angoisse de plus
en plus, ne pouvant m’imaginer vivre seule
jusqu’à
la fin de ma vie.
Bien
sûr, on m’a conseillé d’aller
voir un psy.
À ce niveau, une nouvelle angoisse
apparaît : je sais que Freud était
non-croyant.
J’ai très peur, en
engageant une psychanalyse, de perdre la foi, ce que je ne veux pas.
Comment
faire pour résoudre mes problèmes psychologiques
et
garder la foi. La
psychanalyse est-elle un trop grand risque ? Que me
diriez-vous ?
Il se trouve
qu’effectivement Freud
était juif et athée, très
féru de
civilisation grecque et de culture
germanique, donc, très éloigné de
votre religion.
Rappelons un peu
d’histoire. Si les
premiers disciples de Freud étaient tous juifs, celui-ci
était très soucieux
d’ouvrir la psychanalyse à tous les horizons
culturels et
c’est, entre autres,
pour cette raison qu’il a fait un si bon accueil à
Jung
– ce fils et petit-fils
de pasteur – et qu’il l’a
considéré et
imposé comme son dauphin, jusqu’à leur
séparation. Vous comprendrez donc que la psychanalyse
dépasse largement ses
conditions d’origine : ne serait-ce
qu’à
considérer, depuis bien des
années, son extension mondiale, parmi des cultures et des
religions très
différentes.
Pour revenir
à votre question, il
est plus que compréhensible que vos amies vous aient
encouragé à une
psychanalyse. Mais il faut que vous sachiez que les croyances ou
l’athéisme
d’un analyste sérieux n’ont normalement
aucune
incidence sur le déroulement de
la cure. Pour la raison très simple qu’il ne
s’occupe pas de la religion de ses
patients. Ce que va prendre en compte l’analyste,
c’est ce
qu’on appelle
l’aspect économique (rien à voir avec
les
finances…) de votre organisation
psychique.
C’est en ce
sens qu’il faut
travailler. Rien ne dit, par avance, que votre parcours analytique vous
fasse
courir un danger quelconque par rapport à votre foi.
N’oubliez pas que bien des
analystes connus et brillants sont croyants de confessions diverses.
Leur foi
ne les a pas empêchés d’apporter
beaucoup à
la psychanalyse et à leurs
patients.
Par ailleurs, C. G.
Jung, qui a
beaucoup de disciples de par le monde et en France en particulier, a
toujours,
contrairement à Freud, apporté aux
phénomènes religieux la plus grande et la
plus bienveillante attention.
Donc, j’ayez
plus cette appréhension
sans fondement.
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