La PSYCHANALYSE et le TRANSFERT

--------

Transfert et contre-transfert

dans la cure psychanalytique

 Le transfert

            Ce terme a été introduit progressivement par Sigmund Freud et Sandor Ferenczi (entre 1900 et 1909) pour désigner un processus constitutif de la cure psychanalytique par lequel les désirs inconscients de l’analysant concernant des objets extérieurs viennent se répéter, dans le cadre de la relation analytique, et se projeter sur la personne de l’analyste.

            Le terme « transfert » n’est pas propre au vocabulaire psychanalytique. Utilisé dans de nombreux domaines, il implique toujours une idée de déplacement, de transport, de substitution d’une place à une autre, sans que l’opération porte atteinte à l’intégrité de l’objet.

Le contre-transfert

            Ensemble des manifestations de l’inconscient de l’analyste en relation avec celles du transfert de son patient.

En psychanalyse : « Le transfert est proprement l’actualisation dans le champ psychanalytique d’un problème inconscient dont les racines plongent dans l’enfance… À la suite d’une frustration subie, le patient a régressé à un point de fixation qui correspond aux problèmes les plus significatifs de son enfance. » Daniel Lagache

            Nous sommes dans un présent où se transposent les composantes d’une relation infantile sur un conflit actuel ; il y a donc double déplacement : déplacement de temps et déplacement de personne. « Déplacement de temps, car un affect passé et refoulé resurgit en quelque sorte à contretemps, dans la pleine actualité de la cure – et déplacement de personne, car c’est vers le thérapeute que s’oriente cet affect. » Michel Neyraut

            Le patient, dans le transfert, revit donc son passé au lieu de se le remémorer. Notons la compulsion de répétition du patient que l’analyse du transfert va permettre d’élucider ; l’analyste se trouve impliqué dans une répétition d’imagos et se voit prêter de multiples rôles, attribués par l’analysant et basés sur le passé de ce dernier. Cependant l’analyste sait que ce qui est déplacé sur lui n’est que le déplacement d’une relation à une autre. Il ne saurait être leurré !

            Il est l’interlocuteur que l’on fait entrer dans une histoire passée ;  par ce rôle qu’on lui fait jouer, il saura révéler au patient ce que celui-ci désire ou appréhende. Mais est-ce que ce type particulier de relation d’objet, ou comme l’a dit Freud « cette répétition, nouvelle édition d’une ancienne relation d’objet » se commue en quelque chose de réel ? On serait tenté d’y souscrire ; cependant « l’essence du transfert est dans le mouvement qui transfère et répète un mode de relation ; il n’est pas cette relation, il en est le transfert ».

            Lorsque Freud nous parle de répétition dans le transfert d’expériences rétroactives, ce déplacement ne peut être compris dans un sens réaliste qui « limiterait l’actualisation à des relations effectivement vécues. Ce qui est transféré, c’est la réalité psychique, à savoir, au plus profond, le désir inconscient et les fantasmes associés. Les manifestations transférentielles ne sont pas des répétitions à la lettre, mais des équivalents symboliques.

            Le vécu transféré peut, par son intensité, se substituer à la réalité objective.

            «  Le réel trouve donc un plus réel que lui » (Michel Neyraut) et la réalité devient ce que le patient vit sur le divan, d’où une difficulté à déterminer la situation analytique : « Les fantasmes possèdent une réalité psychique opposée à la réalité matérielle […] dans le monde des névroses, c’est la réalité psychique qui joue le rôle dominant » écrit Freud

            Hormis la réalité matérielle et évènementielle, il existe une réalité subjective, c’est ce à quoi le sujet a cru et qui émanait d’un désir inconscient avec une efficacité permettant de parler de réalité psychique.

            Nous sommes ici dans le domaine de l’illusion, dans une relation réduite à un échange fantasmatique… L’analyste n’a provoqué en aucune façon cet attachement affectif, mais il sait le repérer, l’analyser et, à terme, permettre à l’analysant de s’en défaire.

            Dans le transfert, le sujet réitère une attitude conflictuelle qui fut sienne autrefois dans son enfance, dont il ne se remémore plus. Les traces amnésiques « ne s’actualisent pas dans une représentation de ce passé reconnu pour tel, mais dans une réminiscence actuelle d’attitudes et de désirs dont le lien avec leur source infantile demeure méconnu ». « Le patient, dit Freud, répète au lieu de se remémorer. »

            On pressent la difficulté et toute la finesse dont l’analyste est obligé de faire preuve dans le maniement de ce transfert et plus encore de la névrose de transfert. Car ce que le patient n’a pu obtenir dans son enfance se trouve exacerbé par l’attitude classique de neutralité que l’analyste doit savoir doser au risque de ne pas voir l’analyse s’embourber et devenir ce que Freud a qualifié d’analyse interminable.

            À cela nous renvoie la réponse consciente ou inconsciente de l’analyste au transfert, c’est-à-dire son contre-transfert. Dans cette alliance du transfert et du contre-transfert, il apparaît évident que l’analyste doit avoir une compréhension sûre de son propre inconscient et un parfait contrôle des réactions dont celui-ci pourrait être la cause dans des phénomènes contre-transférentiels.

            Dans cette relation fondée au niveau de l’inconscient, celui de l’analysant et celui de l’analyste, le patient ressent inconsciemment le comportement non conscient de son thérapeute, et cela importe encore plus que ses paroles, car c’est cette attitude pénétrante qui fera qu’il acceptera ou rejettera les interprétations données : «  Chacun possède en son propre inconscient un instrument avec lequel il peut interpréter les expressions de l’inconscient chez les autres. »

            Cette implication de l’analyste dans la demande du  patient est d’une importance extrême, car si la réponse contre-transférentielle comporte des résistances personnelles chez l’analyste, elle sera en retour cause de résistance chez le patient. La qualité de ce rapport est donc très importante.

            L’attention flottante et l’écoute libre ne peuvent exister sans l’identification qui doit ici s’entendre au sens d’une double identification, l’analyste étant identifié à « un objet désirable ou … haïssable » et s’identifiant au patient tout en demeurant à sa place. Il « vit l’expérience du dedans et l’observe du dehors. »

            Malgré cette situation d’observateur observé, tout se passe comme si dans ces mouvements intersubjectifs, « au-delà de la relation consciente patient-analyste, s’établit une relation non-consciente, infiniment plus subtile, alimentée par ce que l’inconscient de l’un perçoit de l’inconscient de l’autre »… C’est l’écho d’un « inconscient à autre inconscient » qui constitue le seul échange psychanalytique vrai.

 Martine Gercault et Monique Cohen